Retraite Sécu contre Retraite « Macron » : le comparatif qui tue

Durant la campagne pour l’élection présidentielle, le futur président Macron a présenté son projet « progressiste » de réforme des retraites. « Chaque Euro cotisé ouvrira les mêmes droits pour tous » a-t-il claironné. Nous avons voulu savoir ce qu’il en était réellement et ce qu’il pouvait bien y avoir de « progressiste » dans ce projet de réforme. C’est que depuis 40 ans (au moins), chaque nouvelle réforme est en réalité une régression par rapport au statut précédent. Forcément, dans ces conditions, on se méfie un peu des mots, surtout quand ils sont un peu trop ronflants…

La retraite « sécu » en quatre points :

1 – Le calcul de la retraite Sécurité sociale sur les 25 meilleures années de l’activité professionnelle minimise l’impact des accidents de parcours durant la carrière : les périodes de chômage, les boulots les moins bien payés ne comptent pas pour le calcul.

2 – On définit le montant de la pension non pas en fonction des cotisations que chacun-e a versées mais en fonction du nombre de trimestres et du montant du salaire reconstitué, auquel on applique un taux de remplacement. On parle de prestation définie.

3 – Contrairement à ce qu’on croit souvent, la solidarité intergénérationnelle ne vient pas du fait que la retraite est versée selon la technique de la répartition (les actifs d’aujourd’hui financent les retraités d’aujourd’hui). En réalité, les évolutions démographiques ou celles du taux de chômage n’ont pas d’impact sur les retraites versées mais peuvent nécessiter un relèvement du taux des cotisation versées par les seuls actifs : là est la solidarité intergénérationnelle.

4 – A quoi est dû le montant relativement élevé de la retraite Sécurité sociale, ajouté aux complémentaires (qui sont des systèmes à cotisation définies mais qui ont été historiquement pilotées comme une prestation définie) ? Essentiellement à la supériorité de la cotisation sociale par rapport au financement par l’impôt et, plus encore, par rapport au financement par capitalisation pour assurer les taux de remplacement observés en France pour les retraites.

La retraite Macron : un tremplin vers la capitalisation

1 – Tout au long de la carrière, les cotisations s’accumulent sur un compte individuel (notionnel). Tout est important : les périodes de salaires élevés, bien sûr, mais les périodes de chômage et les boulots à bas salaires comptent aussi ! Conséquence : la moyenne faite sur toute la carrière (et non pas sur les meilleures années) tire le montant des retraites vers le bas.

2 – Ici, on définit la cotisation (un pourcentage du salaire) qui est transformée en points selon un prix qui varie dans le temps selon divers critères. Au moment de partir à la retraite, le volume total des cotisations est donc connu. On en déduit le montant de la pension qui est fonction des cotisations accumulées et de leur taux de rendement. Dans le système envisagé par Macron, un autre élément entre en considération : l’espérance de vie de la génération à laquelle appartient la ou le retraité-e. Le montant de la pension annuelle s’obtient en divisant la cotisation cumulée par le nombre d’année théorique restant à vivre. Ceci sans tenir aucun compte des différences propres à chaque catégorie socio-professionnelle (statistiquement, les cadres et catégories supérieures vivent plus longtemps que les ouvrier-e-s et les catégories les plus défavorisées). Le système favorise clairement les catégories les plus aisées.

3 – Le système à compte notionnel est versé en répartition mais il n’est pas solidaire pour autant. En effet, comme tout système à cotisations définies, l’équilibre financier des retraites est obtenu par ajustement de la masse des pensions, via la valeur de service du point qui affecte individuellement chaque retraité-e mais également chaque actif-ve : il n’y a pas de solidarité intergénérationnelle.

4 – Dans tous les systèmes à comptes notionnels, les paramètres sont ajustés pour garantir un montant faible des retraites. Pourquoi ? Macron n’aimerait-il pas les vieux ? En fait, le montant des retraites en France, ce sont 300 milliards d’euros par an. Un chiffre tel que les assurances rêvent de mettre la main dessus ! Un pactole que convoitent les banques pour généraliser les fonds de pension et les retraites par capitalisation : vous savez, celles qui ont déjà fait faillite par trois fois en France (1884, 1928, 1941).

Qui est progressiste?

Indubitablement, la Sécurité sociale reste de loin le meilleur vecteur de progrès social. Il faut savoir que, si en France aujourd’hui, 5 % des retraité-e-s sont au minimum vieillesse, en Suède dont le système Macron s’inspire, ce sont 55 %. Qui parle de progrès ?

Evidemment, aujourd’hui, tout n’est pas satisfaisant, loin de là. La faute en revient à cette succession de réformes qui depuis 40 ans réduit les droits des salarié-e-s au motif du chômage, de la « crise », de l’allongement de l’espérance de vie, etc. Pourtant, des solutions pérennes existent pour sauvegarder le système de retraite Sécurité sociale. La CGT l’a démontré (voir ici, par exemple). C’est surtout une question de volonté politique.

Evidemment, on peut voir dans le projet de réforme des retraites porté par le président de la République une forme de progrès. Mais celui-ci ne concerne pas la très grande majorité des salarié-e-s et notamment, comme toujours, les plus modestes qui n’auront pas les moyens de s’offrir des retraites leur permettant de vivre dignement leurs vieux jours. Par contre, les milieux financiers, les banques, les assurances et leurs actionnaires institutionnels ou particuliers peuvent se réjouir de cette forme de « progrès » et dire à l’unisson : MERCI MACRON !

Cet article est en grande partie repris d’un article paru dans le numéro 526 de juin 2017 de La Voix des Industries Chimiques. Merci à la FNIC-CGT pour le prêt.

 

 

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